Voyages, pays à éviter


Voyages, pays à éviter

Terrorisme, troubles politiques, risques sanitaires... le ministère des Affaires étrangères tient à jour une carte pour savoir où l'on met les pieds à l'étranger. Pas toujours facile de s'y retrouver.

Rouge, orange, jaune et vert. En fonction de son risque sécuritaire pour les ressortissants français, le monde se divise en quatre couleurs. Rouge pour "formellement déconseillé", orange pour "déconseillé sauf raison impérative", jaune pour "vigilance renforcée" et vert pour "vigilance normale".

Sur le site France Diplomatie du ministère des Affaires étrangères, la carte "Conseils aux voyageurs" nous montre un tiers de la planète hostile. Les zones en vert, qui ne requièrent aucune précaution en particulier, n'occupent qu'une dérisoire partie du globe : le nord du continent américain dont les Etats-Unis et le Canada, les pays membres de l'Union européenne (à l'exception de l'Ukraine), la Russie, une partie de l'Asie orientale et l'Australie.

En Amérique du sud, seuls l'Argentine (en partie seulement) et l'Uruguay sont en vert. En Afrique, le Maroc est le seul rescapé vert – et seulement dans sa partie nord. De tout petits pays du Golfe (Oman, Koweït, Qatar, Emirats arabes unis) sont en "vigilance normale" à l'inverse de l'Arabie Saoudite qui est en "vigilance renforcée", voir "déconseillé" dans la région au sud du royaume près de La Mecque.

Une vingtaine de pays comportent des zones rouges significatives. Six sont totalement en rouge, et concernent des pays en guerre, où la menace de violences, d'attentats ou de prises d'otages est structurelle.

 

Qu'en déduire ? Que l'Algérie (orange et rouge) est un pays dangereux ? Que l'Iran (jaune et orange) est à éviter ? Que le Brésil (jaune et orange) est risqué ? Que s'aventurer en Colombie (jaune, orange et rouge) est hasardeux ?

Face à cette carte, mise à jour en avril dernier, le touriste prudent hésitera, la sécurité étant un facteur déterminant dans le choix d'une destination. Le voyageur, plus insouciant, lui, trouvera ce classement alarmiste et ne reflétant pas la réalité. "Je rentre de vacances en Algérie, ça c'est très bien passé", nous assure cette vacancière qui ne comprend pas pourquoi ce pays est classé en orange et rouge alors qu'à l'autre bout du monde, la très crainte Corée du Nord est "seulement" en orange.

"En Corée du Nord, il n'y a aucun risque terroriste, ni criminel. Le seul risque c'est de vouloir discuter avec des gens dans la rue", explique Louis Caprioli, conseiller chez Geos, société française spécialisée dans la gestion des risques et qui accompagne les entreprises dans leur implantation à l'étranger. "En Algérie, il y a une petite délinquance et un reliquat de terrorisme. Ce ne sont pas les mêmes critères qui sont retenus".

Terrorisme mais aussi risque environnemental

Cette liste de critères du risque sécuritaire est longue. Elle intègre, outre le terrorisme, les risques naturels, sanitaires, industriels, ainsi que les risques environnementaux - cause d'inquiétude de plus en plus grande chez les Français -, et les risques liés aux transports, "première cause de mort violente" chez les Français à l'étranger, selon le ministère des Affaires étrangères.

"Tous les critères ne sont pas spectaculaires et leur pondération se fait de manière pragmatique", nous explique Patrice Paoli, directeur du Centre de crise et de soutien du quai d'Orsay qui précise :

"Plus que la liste des critères, c'est la méthode qui est importante. Nos évaluations doivent être étayées, reposer sur des éléments concrets, vérifiables et quantifiés. La dynamique d'évolution est également importante, de même que le degré d'exposition de nos ressortissants."

Le travail d'élaboration et d'écriture s'effectue à plusieurs niveaux. Les ambassades et les consulats sur le terrain (diplomates et attachés à la sécurité en contact avec la police et les autorités locales) proposent les modifications, les services du ministère apportent leur contribution, et si besoin, d'autres administrations, tout comme la DGSE peuvent être consultés pour avis. "L'analyse du risque ne se fait pas à l'échelle du pays, mais région par région, ville par ville, site par site", précise Pascal Paoli.

En cas de désaccords, le chargé de défense du quai d'Orsay peut également être saisi. Quand la zone à colorer est de nature sensible diplomatiquement, l'arbitrage peut aller jusqu'au cabinet du ministre, au ministre, au Premier ministre et même jusqu'au président. Ce fut notamment le cas lorsque la France a décidé en septembre 2014 d'étendre son appel à la vigilance dans 40 pays (au lieu d'une trentaine) après l'assassinat d'Hervé Gourdel en Algérie, décision prise en conseil de Défense réuni autour de François Hollande.

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